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Le : 28/05/2026

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Quand l'IA sème le doute chez les managers


Les moteurs de l'IA

L’IA bouscule nos mondes : celui des énergies, de l’environnement, des impacts sociétaux mais aussi bien-sûr celui du travail. L’IA cartonne car elle remplit deux besoins fondamentaux : l’un pour notre cerveau : celui de s’économiser et l’autre pour notre égo : celui de bien faire les choses.

Notre performance réside d’ailleurs dans cette subtile combinaison entre efficacité et recherche de l’optimum. En entreprise, cette recherche pour atteindre cet optimum façonne et structure l’organisation. Quel management mettre en place pour que mes collaborateurs puissent aussi s’épanouir et contribuer à leur mieux ? Quels process pour s’assurer que le chemin soit cohérent et que les étapes pour y arriver soient validées ? Quelle stratégie pour porter la vision d’une entreprise engagée ?

Alors comme nous doutons, nous cherchons des parades, ou plutôt des boucliers. Cela peut être des personnes ou des outils qui viennent nous rassurer, nous apporter une expertise, une précision d’exécution ou encore nous économiser en efforts.

Le doute fait partie de nous, le doute fait notre humanité.

Du fameux cogito aux instances telles un CODIR, nous doutons, nous discutons, nous examinons, nous prenons de la hauteur pour faire un choix. Quand le doute n’est plus nulle part, cette part d’humanité en nous s’efface. Il n’y a qu’à déambuler dans les couloirs d’une entreprise au management autoritaire, arbitraire et sans aucune nuance… même l’atmosphère perd en oxygène. Il n’y a qu’à faire un parallèle avec les dictatures et les figures d’autoritarisme politique… même le monde retient sa respiration.

L’autre pendant est une quête, celle de faire les choses bien ! Dans cette recherche, nous nous équipons : en machines, en outils, etc. pour gagner en confort, en précision, en vitesse et en résultat.

Nous avons ainsi déroulé le tapis rouge à l’IA ! Un outil qui fait à ma place et qui me rassure dans ma capacité à délivrer un résultat puisque rien n’est impossible désormais pour ce collaborateur virtuel bodybuildé. Combo gagnant ! Oui, mais à quel prix ? Celui de l’environnement, déjà épuisé qui s’assèche littéralement. Celui de nos sociétés, fractionnées qui ne débattent plus et refusent le faire ensemble. Celui de nos économies qui de virtuelles sont passées à irréelles.

A travers nos accompagnements, nous voyons aujourd’hui de manière significative deux biais auprès des dirigeants et managers.

Augmentation de la charge mentale, diminution de la confiance en soi

Le premier est un paradoxe : l’augmentation de la charge mentale en voulant « gagner du temps ». L’IA peut faire un discours, un quizz, une compilation de tableaux, des synthèses de documents et autres tâches infinies en un temps record. Nous n’avons plus à le faire donc, nous gagnons du temps ! Soit. Mais pour quoi faire ce temps gagné ? Accumuler d’autres tâches sans avoir assimilé intellectuellement la tâche précédente ? Sans maîtriser le sujet puisque je ne m’y suis pas pleinement confronté ? Nous voilà à nouveau branchés à la dopamine du résultat délivré, au zappage frénétique. Le manager se vide de sa capacité de réflexion, de ce temps, certes long, d’écriture, de synthèse ou d’analyse qui lui permet aussi d’assoir sa crédibilité.

C’est ce que confirme Sylvie Chokron, neuropsychologue, directrice du CNRS. Avoir recours à l’IA ne nous fait pas engager notre cerveau, nous perdons alors notre méta-cognition ou autrement dit notre connaissance de nos propres capacités. Ce que je sais, ce que je ne sais pas, ce dont je me souviens, ce que je crée etc. Je perds, je ne gagne pas…

Le second biais est dans la diminution de la confiance en soi. Puisque l’IA peut le faire, puisque l’IA me propose des éléments, pourquoi s’en priver ? Pas de problème puisque nous prenons le temps de relire, de corriger si besoin. Sauf qu’entre temps, le doute opère. Est-ce que mon idée est la bonne ? Et si je demandais à l’IA ? Est-ce ce process est pertinent ? Peut-on faire mieux ?

Voilà que ces interrogations sortent de notre intériorité, celle qui nous permet de nous remettre en question pour être désormais rattachée à un outil informatique externe super puissant accessible à n’importe qui.  Je perds en capacité à faire, puisque j’ai délégué pour gagner du temps… j’ai automatiquement perdu aussi de ma confiance. Confiance à faire justement, confiance à trancher, confiance à m’affirmer.

Je recherche un emploi ? J’ai désormais la lettre de motivation, le cv et même les réponses aux questions pour l’entretien qui sont clef en main. Cela part d’une bonne intention : le souci de faire bien mais nous nous sommes perdus entre temps. Où est l’individualité ? L’authenticité ?

Dans un article publié dans Harvard France, plusieurs études viennent appuyer cela. Les députés britanniques qui délèguent la rédaction de leurs prises de parole à l’IA et utilisent les mêmes formules ? Perte d’impact assuré. Contenus générés par l’IA à destination des clients ? Diminution du bouche-à-oreille positif et fidélité en baisse.

Alors, à nous tous qui n’osons plus douter, rappelons-nous que l'IA est un super calculateur qui peut être utile pour des applications spécifiques et complexes aux multiples paramètres mais inutile et destruteur pour le reste. Rappelons-nous surtout que nous avons de la chance...nous sommes humains !

 

Positive Effect Consulting Creative Commons – CC BY SA

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